Quand la Laiterie de Gençay faisait son beurre

BALADES CULTURELLES DANS LA MÉMOIRE

Cahier n° 11 – décembre 2018


Interview avec les auteurs, Jean-Jacques Chevrier et Henri Donzaud, le 28 novembre 2018.

Implantée à Gençay, dans un territoire à vocation agricole et dans un bourg tourné vers le commerce et l’artisanat, la Laiterie Coopérative du Vieux Château aura été la seule entreprise d’envergure.

Lancée avec de petits moyens, prospérant sans ambition démesurée, traversant les deux conflits mondiaux et la crise économique des années 1930, elle consacra plus de la moitié de son existence à ne produire que du beurre.

Les perturbations commencèrent en 1950 avec la fabrication de fromages. Les nouveaux produits nécessitaient des investissements lourds, en bâtiments, en matériels et en main d’œuvre. Les emprunts se succédèrent, des difficultés financières apparurent. Pourtant la rémunération des éleveurs ne parut pas sensiblement affectée.

Tout se complexifia avec l’Europe des Six et son Marché Commun. La politique décréta la disparition des petites exploitations agricoles pour mieux répondre aux besoins des entreprises agro-alimentaires qui se concentraient en groupements. Gençay dut abandonner le beurre, produit hautement rentable, pour se spécialiser dans une production de fromages bien moins rémunératrice. Finalement, cette course au rendement provoqua la fermeture.

La disparition des emplois et de revenus d’exploitation fragilisa l’économie locale. Les paysages furent bouleversés : on passa des parcelles bocagères aux étendues céréalières. Profondément enfoui, mais non moins fondamental, l’esprit mutualiste du XIXe siècle se mua, dans l’indifférence, en entreprise capitaliste, alors même qu’il n’en possédait, ni la structure juridique, ni les moyens matériels.

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